La vision de la vie selon Khan... - Khan's vision of life...

J’ai rencontré Kenji Kimbara en 2010 lors d’un voyage en Mongolie.
Je le revois quelques années après en Belgique où il vient me rendre visite.
Je le re-rencontre aujourd’hui, cette fois chez lui, au Japon, d’abord à Tokyo il y a de cela un bon mois et aujourd’hui, à Okinawa, chez lui.
La vie nous rassemble… J’avais envie de vous raconter son histoire…

Khan (c’est comme cela que je le surnomme) a des origines coréennes mais vit au Japon depuis toujours. Il ne se sent ni Japonais ni Coréen, il est asiatique, me dit-il. Il est né le 23 août 1968 et a aujourd’hui 48 ans. Il est célibataire et n’a pas d’enfants. Il a créé sa boîte de marketing il y a de cela quelques années. Il adore son travail mais il a envie de le vivre différemment aujourd’hui.

Il a toujours travaillé à Tokyo, dans un minuscule bureau, avec des horaires de fou comme la plupart des Japonais, de 10h à 22h, 7 jours par semaine. Une trop forte pression qui l’a fait craquer. En 2010, il décide de couper avec son boulot et de partir découvrir le monde. La vie de la capitale japonaise le rend dingue et surtout malade. Il parcourt le monde pendant 1 an et demi. Cela lui permet de s’ouvrir, d’avoir une nouvelle vision de la vie, de vouloir changer son mode de vie, de “sortir du système”, à sa manière.

En revenant de voyage, il rêve de vouloir aller s’installer aux Philippines mais il n’y a pas de travail pour lui. Il continue donc sa petite affaire mais décide de déménager et d’aller vivre sur l’île d’Okinawa au Japon, connue pour son climat doux et tempéré toute l’année, une population chaleureuse, moins de stress quotidien, moins de pollution et un vrai rapport avec la nature. Il décide de vendre toutes ses affaires et de vivre comme un nomade. Sa vie se résume aujourd’hui à posséder une valise, quelques vêtements, un ordinateur, un smartphone, une planche de surf, un vélo et c’est à peu près tout. Un dépouillement total choisi et assumé, même s’il a également pris cette décision non pas uniquement par philosophie mais aussi pour des raisons financières. En effet, moins tu possèdes, moins tu as de tracas et de responsabilités. On a besoin de tellement peu pour vivre… Il faut aussi dire que la catastrophe de Fukushima de mars 2011 a été un déclencheur pour beaucoup de Japonais. Changer de vie, changer le système est devenu comme une évidence pour un grand nombre d’entre eux.

I first met Kenji Kimbara on a trip to Mongolia in 2010.
I saw him again some years later in Belgium, where he came to visit me.
This time I have met him in Japan, his home country: first in Tokyo over a month ago, and today in Okinawa where he is living.
Life brings us together… I feel like telling you his story…

Khan (that’s my nickname for him) is Korean but has always lived in Japan. He feels neither Japanese nor Korean; he is an Asian, he tells me. He was born on August 23, 1968, and is now 48 years old. He is single and has no children. Years ago, he started his own marketing company. He loves his work but would like to experience it differently nowadays.

He had always worked in a tiny Tokyo office, enduring crazy hours (as most Japanese do), from 10 a.m. to 10 p.m., 7 days a week. The pressure became so much that he eventually broke down. In 2010, he decided to get away from work and go discover the world. Life in the Japanese capital city was making him crazy and, more importantly, it was making him ill. So he travelled around the world for a year and a half, which allowed him to open himself up, renew his life vision, become eager to change his life and “get out of the system” in his own way.

Back from his trip, he dreamt of settling down in the Philippines, but there was no work for him there. So he continued with his small business but made up his mind to move away and live on Okinawa Island, which is famous for its warm-hearted people and all-year-round mild, temperate climate. It is also where one can enjoy an authentic relationship with nature in a less polluted and stressful atmosphere. He decided to become a nomad and sold all his belongings. His possessions now only amount to a suitcase, some clothes, a computer, a smartphone, a surfboard, a bike, and that’s about it. He has chosen to assume total frugality, although this was not just the result of a philosophical choice. It was also a decision driven by financial reasons. Indeed, the less you own, the less the trouble and responsibilities you have. One does not need that much to live. It should also be said that the Fukushima catastrophe in March 2011 was a trigger for many Japanese people to change their lives, and it has become evident to most that the system needs changing.

Il vit dans une petite chambre qu’il loue 40 euros par mois à un ami, son colocataire, un homme de 75 ans qui est originaire du nord du Japon et qui vit à Okinawa 6 mois sur 12 en raison d’un cancer de l’estomac. Le climat est bénéfique pour les maladies comme la sienne.

Khan a envie de continuer à travailler mais selon le nouveau système qui a, selon lui, encore des bases bien fragiles. Il veut avoir de petits clients, faire du marketing positif et trouver un sens à son travail. Ce métier est fantastique car il est très créatif. Il peut imaginer le futur. Faire de l’argent pour faire de l’argent ne l’intéresse pas. Mais l’argent l’angoisse quand-même… Tous les 15 jours, il est obligé de faire le déplacement jusqu'à Tokyo pour ses rendez-vous professionnels. Il y reste une semaine et loge dans son bureau.

A ce jour, il a réussi à trouver un équilibre même s’il se sent fragile.
Il trouve que le monde est beau, que chaque être humain est essentiel au développement de la planète. Pourtant, son enfance n'a pas été rose. Il est l'aîné d'une famille de 3 enfants. Il a un frère et une sœur. Depuis ses 15 ans, il vit avec sa grand-mère paternelle car ses parents le battaient et surtout sa mère. Ils ne voient d'ailleurs plus ses proches depuis 33 ans. Selon lui, ses parents ont reproduit ce qu'ils ont vécu étant jeunes. Son père a été maltraité à l'école et a reçu beaucoup de coups. Sa mère a vécu la guerre et la violence qui s'en suit. En vivant avec sa grand-mère, il a appris à être autonome. Il donnait de temps en temps des coups de mains à sa grand-mère pour tenir sa petite boutique. Je suis traumatisée par mon enfance, me confie-t-il et c'est sans doute pour cela que je suis célibataire, sans enfants. Il a du mal à faire confiance aux femmes même s'il aimerait trouver quelqu'un pour partager sa vie aujourd'hui. Avoir des enfants? Pourquoi pas mais ça l'effraie terriblement. C'est pour cela qu'il est aussi parti à la découverte du monde, voir qu'il existe autre chose que le stress, la pression, la violence, le pouvoir,...

Sa vision du bonheur? Eat well, drink well, sleep well, friend well, talk well and poo well ;-) (Bien manger, bien boire, bien dormir, avoir de chouettes amis, bien parler et aller à la toilette ;-)).
C’est important d’avoir des rêves et de continuer à en inventer. La vie est simple. C’est juste notre mental qui nous pourrit souvent la vie au quotidien.
Il suffit de vivre et de profiter de tous les petits moments qui nous arrivent au quotidien

He now lives in a small room that he rents for 40 euros a month from a friend and roommate: a 75-year-old man from Northern Japan who lives in Okinawa six months out of twelve, due to his stomach cancer. The local climate has positive effects on conditions like his.

Khan would like to continue working, but under a new, more collaborative and horizontal system which he nevertheless believes, still has rather fragile foundations. He wants to have small clients, do positive marketing and find some meaning in his work. This job is great because it is a very creative one: he can imagine the future. He has no interest in making money for the sake of it, but money worries him all the same. Every two weeks he has to go back to Tokyo to attend his professional appointments. He stays there for a week, sleeping in his office.

For now he has managed to find his balance although it feels fragile. He says the world is wonderful and that every human being is essential to the development of the planet. However, his childhood was not an easy one. He is the eldest of three children; he has one brother and one sister. From the age of 15, he lived with his paternal grandmother because his parents used to beat him — mostly his mother. In fact, he has not seen any of his blood relatives for 33 years. He says his parents replicated what they had gone through when they were young: his father had been abused at school and his mother had lived through the war and its consequent violence. Living with his grandmother had taught him to become independent. From time to time he would help her run her small shop. “I am traumatized by my childhood,” he revealed to me, “and this is probably why I am still single and have no children”. He finds it hard to trust women, even though he would like to find someone to share his life with one day. Have children? Why not, but it frightens him terribly. That is also the reason why he went away to discover the world: to see that there is more to it than just stress, pressure, violence and power.

What’s his vision of happiness? “Eat well, drink well, sleep well, make friends well, talk well etc.”
It is essential to have dreams and keep imagining new ones. Life is simple. It is just our mind that, more often than not, corrupts our daily life.

Let’s just live and enjoy all those little moments that come our way every single day.